Invité de Lunel-Hebdo, Marco n’est pas venu simplement parler d’un album ou d’une date de concert. À travers son échange avec Gilles Bonnière Soto, c’est toute une philosophie musicale qui se dessine. Celle du groupe De Rien, formation rock née en 2021, qui assume autant l’humour que la profondeur, la provocation que la tendresse, le plaisir de jouer que la réflexion sur le monde actuel.

Derrière le ton parfois décalé, il y a une vraie ligne artistique : faire du rock en français, avec des textes compréhensibles, des chansons qui racontent quelque chose, et une énergie pensée pour la scène. Chez De Rien, la musique n’est pas un simple habillage sonore. Elle sert un propos, une ambiance, une vision du collectif.

Marco le dit sans détour : le groupe ne cherche pas à suivre une mode. Il revendique une écriture en français, avec ses nuances, sa précision, sa capacité à faire rire autant qu’à faire réfléchir. Dans un paysage musical souvent dominé par l’instantané, les formats courts et les morceaux calibrés pour l’algorithme, De Rien prend une autre direction : celle de la chanson-rock qui prend le temps de développer une idée.

La naissance de De Rien : une rencontre, une alchimie, une envie commune

L’aventure commence après la séparation de l’ancien groupe de Marco. En 2021, lors d’une scène ouverte au théâtre de la Chocolaterie, près de Montpellier, il croise Yano, avec qui le courant passe immédiatement. L’idée d’un projet commun naît rapidement, avant de s’élargir à une formation à quatre avec Alex au piano et David à la batterie, ce dernier étant lunellois.

Ce que raconte Marco est intéressant : au-delà du niveau musical ou du style, un groupe tient aussi par son équilibre humain. Avec l’âge, explique-t-il, le temps consacré à la musique devient un temps précieux, arraché au travail, à la famille, aux obligations quotidiennes. Il faut donc que ce temps soit fort, sincère, utile et porteur de plaisir. C’est sans doute là que réside l’une des clés de De Rien : une bande de musiciens qui ne jouent pas seulement ensemble, mais qui partagent une vraie intensité humaine.

Cette complicité, nourrie de répétitions, de débats, de confrontations créatives et d’amitié, semble être au cœur du projet. Marco parle même d’une sorte de “cinquième voix”, une alchimie qui dépasse les individualités.

Pourquoi ce nom, “De Rien” ?

Le nom du groupe ne passe pas inaperçu. Il intrigue, amuse, déroute parfois. Et c’est exactement ce que ses membres recherchaient. De Rien, c’est à la fois une formule simple, un clin d’œil, une réponse avant même le merci.

Le groupe joue d’ailleurs avec cela sur scène, en répondant “De Rien” aux applaudissements, ce qui crée un échange complice avec le public. Mais derrière la formule, il y a aussi une posture artistique. Une façon de dire : nous faisons notre part, nous donnons ce que nous avons à donner, avec générosité, intensité et sans prétendre à autre chose qu’à créer un vrai moment.

Le nom reflète bien l’esprit du groupe : un mélange de second degré, d’assurance assumée, de jeu avec les codes et d’envie de marquer les esprits.

Une musique qui veut faire rire, penser et réagir

Ce qui ressort fortement de l’entretien, c’est la place centrale accordée aux paroles. Marco insiste : une chanson est aussi un poème mis en musique. Chez De Rien, le texte n’est pas secondaire. Il porte les idées, les images, les contradictions et parfois les provocations.

Le groupe aime aborder des thèmes lourds ou sensibles avec une forme de légèreté apparente, d’ironie ou de détournement. Il ne s’agit pas de militer au sens classique, mais plutôt de provoquer une réaction, de réveiller l’attention, de sortir du discours prévisible.

C’est ce qui donne au répertoire de De Rien ce ton particulier : ni strictement engagé, ni simplement festif. Les chansons semblent naviguer entre lucidité sociale, satire, absurdité volontaire et désir de faire circuler une énergie positive. Marco parle même d’un combat symbolique entre les “forces du bien” et les “forces du mal”, formulé avec humour, mais aussi avec une vraie conviction.

Une critique du monde contemporain, sans renoncer à la fête

L’interview prend aussi une dimension plus large lorsque Marco évoque les médias, l’époque actuelle, l’uniformisation des discours, les écrans omniprésents ou encore l’évolution du rapport à la culture. Derrière les formules parfois brutes, on sent une inquiétude réelle face à une société où tout va plus vite, où les réactions se polarisent, où l’attention se fragmente et où l’on prend moins le temps d’écouter, de lire, de nuancer.

Mais De Rien ne répond pas à cela par le repli. Au contraire. Le groupe défend la fête, la salle remplie, le concert vécu ensemble, l’énergie collective, les gens qui se déplacent, qui laissent le canapé derrière eux, qui viennent partager un moment physique, sonore, humain. Dans cette vision, le concert n’est pas un simple divertissement : c’est une forme de respiration sociale.

C’est peut-être l’un des aspects les plus attachants du discours de Marco : cette conviction que la musique peut encore rassembler, faire du bien, créer du lien et opposer quelque chose de vivant à la fatigue ambiante.

Créer un groupe aujourd’hui : passion, contraintes et débrouille

L’entretien montre aussi la réalité très concrète de la vie d’un groupe indépendant. Produire un album, trouver des dates, accéder à des scènes, exister sans énorme communauté en ligne, tout cela demande une énergie considérable. Marco décrit un système où la visibilité locale reste difficile à obtenir, où les têtes d’affiche occupent l’espace, et où les groupes émergents doivent souvent avancer seuls, avec leurs propres moyens.

Dans ce contexte, De Rien choisit une autre logique : mettre sa musique à disposition, partager les morceaux, les paroles, créer du lien avec le public avant même de chercher une rentabilité. Ce positionnement n’est pas naïf. Il traduit plutôt une lucidité sur l’état du secteur musical, mais aussi une fidélité à une certaine idée de la création : faire d’abord parce qu’on croit profondément à ce qu’on fait.

L’écriture comme terrain de friction… et de création

Marco parle aussi très franchement du fonctionnement interne du groupe. Il se décrit avec humour comme un “dictateur”, reconnaissant volontiers son côté exigeant, têtu, passionné, parfois trop accroché à une idée ou à une formule. Mais cette tension créative semble aussi nourrir le projet.

Chez De Rien, les chansons ne naissent pas selon une méthode rigide. Une idée sous la douche, une phrase, un riff, un bout de texte, une intuition peuvent devenir un morceau… ou finir à la poubelle. Marco rappelle qu’entre ce qui est écrit et ce qui est finalement gardé, le tri est sévère. C’est aussi cela, la réalité de la création : beaucoup de matière, beaucoup de déchet, beaucoup de discussions, pour ne retenir que ce qui tient vraiment.

Cette exigence explique sans doute la cohérence du projet. Rien ne semble laissé au hasard, même quand le groupe revendique le chaos, le plaisir ou l’improvisation.

“Stupidigence naturiciel” : quand le rock se frotte à l’intelligence artificielle

Parmi les thèmes abordés, l’un des plus marquants est sans doute celui de l’intelligence artificielle. Marco évoque notamment une chanson autour de ce qu’il appelle la “stupidigence naturiciel”, contraction volontairement absurde entre intelligence artificielle et stupidité naturelle.

L’idée est claire : ce qui l’inquiète le plus n’est pas seulement la machine, mais aussi la capacité humaine à lui laisser prendre trop de place, sans recul critique. Là encore, le groupe traite un sujet sérieux sans lourdeur professorale. Il préfère l’image, l’ironie, le décalage et la formule bien tournée.

Cette manière d’aborder l’IA dit beaucoup du groupe : De Rien regarde son époque, ses dérives, ses contradictions, mais sans abandonner ni l’humour ni l’instinct rock. Le propos n’est pas académique. Il est artistique, frontal, vivant.

Rendez-vous à Lunel pour la Fête de la musique

En fin d’émission, Marco donne rendez-vous au public pour découvrir De Rien en live, notamment à Lunel le 21 juin, à l’occasion de la Fête de la musique, place Louis Rey. Une date locale importante pour un groupe qui revendique justement le contact direct avec le public et la puissance du concert.

Pour celles et ceux qui veulent aller plus loin, les morceaux du groupe sont également accessibles sur leur site, avec les paroles. Une manière simple d’entrer dans leur univers avant de les voir sur scène.

Avec cette interview, Lunel-Hebdo met en lumière un groupe qui ne cherche pas seulement à jouer fort, mais aussi à dire quelque chose. Et dans une époque saturée de bruit, ce n’est déjà pas rien.

Retrouvez sur le site : https://www.derien-officiel.com/