À 18 ans seulement, Cyriaque Alarcos avance déjà avec une maturité rare dans le monde du théâtre. Invité par Gilles Bonniere Soto dans Lunel-Hebdo, le jeune comédien est revenu sur un parcours commencé très tôt, nourri par la scène, les rencontres, le travail, mais aussi par cette réalité que connaissent tous les artistes : le doute, le trac, l’exigence et la nécessité de progresser sans cesse.
Entre ses premiers pas dans une troupe de village, ses expériences au Festival Off d’Avignon, son départ pour Paris et son spectacle qu’il jouera prochainement à Lunel, l’entretien dessine le portrait d’un artiste jeune, ambitieux, mais déjà profondément ancré dans la réalité du métier.
Des débuts très tôt dans le théâtre
Avant même l’adolescence, Cyriaque Alarcos avait déjà trouvé le chemin de la scène. C’est à Villetelle, au sein d’une petite troupe de village dirigée par Yolande Lefèvre, qu’il découvre très jeune le théâtre et ses exigences. À partir de 8 ans, il y interprète différents rôles et y apprend bien davantage qu’un simple jeu d’acteur.
Au fil des années, cette pratique devient un véritable terrain d’apprentissage. Il y forge son goût du public, son rapport au texte, mais aussi une discipline artistique qu’il n’a manifestement jamais perdue. Dans l’entretien, il rend d’ailleurs un hommage appuyé à celle qui l’a accompagné dans ses débuts, preuve que son parcours s’est construit autant par le travail que par la transmission.
Très tôt aussi, il reconnaît avoir eu ce goût de la représentation, cette envie presque naturelle d’entrer en scène, de faire rire, de capter l’attention. Mais chez lui, cette disposition n’a jamais été considérée comme un simple don. Elle s’est travaillée, nourrie, corrigée et approfondie au contact du théâtre lui-même.
Avignon, la rue comme école du réel
À 15 ans, Cyriaque Alarcos franchit un cap décisif. Il part au Festival Off d’Avignon, non pas comme simple spectateur, mais pour tenter sa chance dans la rue. Armé d’une mallette et d’une cloche, il interpelle les passants, se lance dans des textes, attire l’attention de festivaliers parfois curieux, parfois pressés, parfois réticents.
Cette expérience a visiblement joué un rôle majeur dans sa construction. Car jouer dans la rue, devant un public qui n’est ni acquis ni captif, oblige à comprendre très vite ce qui fonctionne, ce qui touche, ce qui tombe à plat. Là, pas de confort, pas de filet. Il faut convaincre, parfois échouer, recommencer, ajuster. Pour un jeune artiste, cette confrontation directe est une école de vérité.
Cyriaque l’explique d’ailleurs très bien : il s’y est parfois “pris des murs”, mais il en tire une lecture très saine. Pour lui, ces refus, ces silences ou ces réactions inattendues font partie de la formation du comédien. Ils l’obligent à affiner son énergie, son rythme, sa manière d’entrer en relation avec le public.
Une relation au public déjà très mûre
L’un des points les plus intéressants de cet entretien est sans doute la manière dont Cyriaque Alarcos parle du public. Il ne le considère jamais comme un juge hostile, ni comme une simple masse à séduire. Il y voit un partenaire de jeu, un révélateur, presque un formateur.
Pour lui, il n’existe pas vraiment de “mauvais public”. Il existe surtout des instants, des énergies, des contextes différents, auxquels le comédien doit savoir s’adapter. Cette vision est déjà celle d’un artiste qui comprend que la scène n’est pas un espace figé, mais un lieu vivant, mouvant, où tout se construit dans la rencontre.
C’est sans doute ce qui explique la cohérence de son parcours. Même jeune, il parle du théâtre non pas comme d’un rêve abstrait, mais comme d’un artisanat du vivant. Il faut observer, se remettre en question, écouter les réactions, comprendre les décalages, retravailler ce qui ne passe pas, renforcer ce qui touche.
Le départ à Paris, entre ambition et réalité
À 18 ans, Cyriaque quitte Lunel pour rejoindre Paris et poursuivre sa formation au Cours Florent. Là encore, son récit évite toute idéalisation naïve. Il parle de ce départ comme d’une étape nécessaire, mais aussi rude, avec tout ce qu’elle implique : la solitude, les petits espaces, les sacrifices, le rythme, la confrontation à un univers plus dense et plus compétitif.
Cette partie de l’entretien montre bien que son projet artistique entre dans une nouvelle phase. Il ne s’agit plus simplement de pratiquer le théâtre avec passion. Il s’agit désormais d’en faire un projet professionnel. Cela suppose d’accepter un regard plus exigeant, de se mesurer à d’autres profils, de se situer dans un environnement où les ambitions sont nombreuses et où il faut continuellement progresser.
Pour autant, Cyriaque ne tombe pas dans le cliché d’un Paris unique centre du monde. Il le dit avec nuance : oui, Paris ouvre certaines portes, mais la région, Montpellier, Lunel et les dynamiques locales comptent aussi. Son propos reste équilibré, et c’est sans doute ce qui le rend crédible.
Le Cours Florent, une formation pour aller plus loin
Passer par le Cours Florent représente pour beaucoup une forme de reconnaissance, mais aussi un défi. Cyriaque rappelle qu’il avait déjà approché l’univers Florent à Montpellier, avant de poursuivre à Paris. Il évoque aussi la sélection, les concours, les effectifs, et tout ce que cela suppose en termes de niveau et de préparation.
Ce qu’il en retient semble clair : on n’arrête jamais d’apprendre. Même après des expériences concrètes sur scène, même après Avignon, même après avoir déjà joué son propre spectacle, il considère que le travail de comédien ne fait que commencer. Cette humilité dans le rapport au métier est sans doute l’un des signes les plus prometteurs de son parcours.
Il insiste d’ailleurs sur cette idée que l’on peut continuer à découvrir ses défauts très tard dans une carrière. Une manière simple de dire que le théâtre est un apprentissage permanent, et que l’exigence n’est pas un passage provisoire, mais une condition durable.
“Les fourberies de Cyriaque”, un spectacle personnel autour du trac
Le cœur de son actualité à Lunel, c’est bien sûr son spectacle “Les fourberies de Cyriaque”, qu’il présentera le 2 mai à 20h30. Le point de départ est fort : un comédien se retrouve enfermé dans sa loge dix minutes avant le lever de rideau, paralysé par le trac. À partir de là, le spectacle plonge dans ses peurs, ses doutes, ses rêves et ses tensions intérieures.
Ce choix de sujet n’a rien d’anodin. Cyriaque puise clairement dans une matière personnelle, dans ses expériences de scène, dans cette tension bien connue des artistes entre le désir d’entrer en scène et la peur de ne pas être à la hauteur. Mais il ne s’agit pas pour autant d’une simple confession. Le spectacle transforme cette matière intime en proposition théâtrale, en jeu, en comédie, en mouvement.
L’entretien montre bien que cette création a beaucoup évolué. La version actuelle serait très différente de celle présentée l’an dernier. Une grande partie du texte a été réécrite, retravaillée, affinée. Cela traduit une volonté de ne pas figer le spectacle, mais de le faire grandir à mesure que l’artiste évolue lui-même.
Jouer seul en scène, assumer la fragilité
Le seul-en-scène est un exercice redoutable, et l’entretien le fait bien sentir. Se retrouver seul face à une salle, sans partenaire direct sur le plateau, impose une présence particulière. Tout repose alors sur le texte, le rythme, la voix, le corps, la tension dramatique et la capacité à tenir le lien avec le public.
Cyriaque parle de cette expérience avec beaucoup de sincérité. Il décrit le moment qui précède l’entrée en scène, cette peur qui sèche la gorge, retourne l’estomac et remet tout en question. Puis il raconte aussi ce basculement si particulier : les premières secondes sur scène, et soudain, le trac s’efface au profit du jeu.
Cette manière de raconter le théâtre depuis l’intérieur donne à son témoignage une vraie force. On comprend que, pour lui, la scène n’est pas seulement un lieu de représentation. C’est aussi un lieu de vérité, où l’on se confronte à soi-même autant qu’au regard des autres.
Une trajectoire qui s’élargit déjà au-delà de Lunel
En parallèle de son spectacle personnel, Cyriaque Alarcos participe aussi à une aventure d’une autre ampleur avec une création d’Angélica Liddell présentée à Paris. Cette expérience lui permet d’entrer dans un univers artistique plus vaste, plus international, avec des exigences très différentes.
Ce passage montre que son parcours se construit déjà sur plusieurs niveaux : un théâtre intime et personnel avec son propre spectacle, mais aussi un théâtre de compagnie et de mise en scène plus ambitieux dans de grandes productions. Pour un jeune artiste de 18 ans, cette double dynamique est particulièrement intéressante.
Elle témoigne d’une capacité à rester fidèle à son univers tout en allant se confronter à d’autres formes, d’autres langues, d’autres esthétiques. Là encore, le propos de Cyriaque reste mesuré, sans effet de manche. C’est précisément ce qui lui donne du poids.
Un attachement fort à Lunel et à la culture locale
Malgré son départ à Paris, Cyriaque Alarcos reste très attaché à Lunel. Cela traverse tout l’entretien. Il parle de la ville, de son ambiance, de sa culture, de son énergie et des possibilités qu’elle offre aux artistes. Il insiste même sur le fait que la culture ne doit pas être pensée comme réservée aux grandes capitales.
Son regard sur Lunel est particulièrement intéressant dans le contexte local. Il souligne une dynamique artistique, des propositions culturelles, des associations, une vitalité créative qui mérite d’être reconnue. En creux, il adresse aussi un message important : on peut commencer ici, créer ici, expérimenter ici, grandir ici, avant éventuellement d’aller plus loin.
Ce lien au territoire n’est pas secondaire. Il donne à son retour sur scène à Lunel une dimension particulière. Ce n’est pas simplement une date de plus dans une tournée. C’est une étape symbolique, dans une ville qui a compté dans sa construction et où il revient avec un projet plus affirmé.
Un jeune artiste à suivre de près
Ce qui ressort au final de cet échange, c’est moins l’image d’un jeune prodige que celle d’un artiste déjà très conscient de ce que demande ce métier. Cyriaque Alarcos ne donne jamais l’impression de brûler les étapes. Il avance vite, certes, mais avec une lucidité remarquable sur les sacrifices, les exigences, les remises en question et le travail de fond que suppose une trajectoire artistique sérieuse.
Dans un paysage culturel où l’on valorise souvent l’instantané, son discours fait du bien. Il rappelle que le théâtre reste un art du temps long, du corps, de la répétition, de l’écoute et du rapport direct au public.
Le public lunellois pourra le retrouver le 2 mai à 20h30 pour “Les fourberies de Cyriaque”. Une occasion de découvrir, ou de redécouvrir, un jeune comédien du territoire qui semble déjà avoir compris que la scène ne se conquiert pas seulement avec de l’élan, mais aussi avec beaucoup de travail.
