Dans ce nouveau numéro de Lunel-Hebdo, Gilles Bonnière-Soto reçoit Vincent Fare, éleveur de taureaux de combat à la Ganadería La Paluna. Une rencontre qui permet de découvrir un univers souvent méconnu, celui de l’élevage du taureau de combat, mais aussi l’histoire exceptionnelle de Regalo, un taureau gracié dans les arènes de Saint-Étienne-du-Grès.

Derrière le mot espagnol « ganadería » se cache d’abord un métier d’éleveur. Mais pas tout à fait comme les autres.

Face à Gilles Bonnière-Soto, Vincent Fare explique les particularités d’un élevage de taureaux de combat et ce qui le distingue notamment d’une manade de taureaux de Camargue.

Ganadería et manade : deux univers différents

À La Paluna, les taureaux sont élevés pour la corrida. L’élevage repose sur un important travail de sélection génétique et comportementale.

Les femelles sont notamment évaluées lors de la tienta, une épreuve organisée généralement lorsqu’elles ont environ trois ans et qui permet d’évaluer leur bravoure.

La sélection est particulièrement exigeante : selon Vincent Fare, sur dix vaches testées, une seule environ sera conservée comme reproductrice.

Pour les mâles, l’incertitude reste beaucoup plus importante.

Et c’est l’un des aspects fascinants de l’élevage raconté par Vincent Fare : même après plusieurs décennies passées auprès des taureaux, il reste pratiquement impossible de prévoir avec certitude comment un animal se comportera lorsqu’il entrera pour la première fois dans une arène.

Un taureau impressionnant dans les prés ne sera pas nécessairement exceptionnel en piste. À l’inverse, un animal calme et discret peut révéler des qualités inattendues.

Des animaux observés quotidiennement mais qui restent sauvages

Vincent Fare connaît ses animaux individuellement. Il les voit chaque jour, parfois plusieurs fois par jour, mais insiste sur une caractéristique fondamentale : le taureau de combat demeure un animal sauvage.

Pas question de le caresser ou de créer avec lui la relation que l’on pourrait avoir avec un animal domestique.

La distance est imposée par l’animal lui-même.

Cela n’empêche pourtant pas l’attachement.

Morphologie, comportement, manière de marcher ou de galoper : au fil des années, certains taureaux deviennent naturellement particuliers aux yeux de l’éleveur.

Et lorsque vient le jour de leur départ vers les arènes, l’émotion est bien réelle.

Regalo : le jour où tout bascule

C’est alors que Gilles Bonnière-Soto revient sur une journée particulièrement importante pour Vincent Fare et La Paluna.

Le 14 mai, un taureau portant le numéro 10 quitte l’élevage pour rejoindre les arènes de Saint-Étienne-du-Grès.

Son nom : Regalo.

Dès les opérations du matin, Vincent Fare se souvient d’un animal particulièrement calme et serein. Mais rien ne permet encore de prévoir ce qui va se produire quelques heures plus tard.

L’attente est longue. Regalo doit sortir en sixième position.

Puis vient enfin son entrée en piste.

Très rapidement, Vincent Fare comprend que quelque chose de particulier est en train de se passer.

Au fil de la faena, les qualités du taureau apparaissent et l’émotion gagne progressivement les arènes. Dans le public, les demandes de grâce deviennent de plus en plus nombreuses.

Pour l’éleveur, l’instant est particulièrement intense.

La présidence demande finalement son accord.

Regalo sera gracié.

Un événement extrêmement rare : Vincent Fare estime que moins de 1 % des taureaux connaissent une telle issue.

De retour à La Paluna

Après la novillada, Regalo retourne immédiatement à l’élevage.

Commence alors une autre étape : celle des soins.

Le vétérinaire intervient dès son retour pour retirer les banderilles, nettoyer et désinfecter les plaies. Les soins se poursuivent ensuite pendant plusieurs jours, notamment avec l’aide de l’épouse de Vincent Fabre.

Mais l’histoire de Regalo prend encore une autre dimension.

Le taureau est né le jour de l’anniversaire de Vincent.

C’est précisément pour cette raison qu’il l’avait baptisé Regalo, « cadeau » en espagnol.

Et quelques mois après sa grâce, son père, Chiquitín, lui-même ancien taureau gracié devenu étalon, disparaît à l’âge de 16 ans.

Regalo représente désormais la continuité de cette lignée.

Regalo devient étalon

La grâce change complètement la destinée d’un taureau de combat.

Regalo est désormais destiné à devenir reproducteur à La Paluna.

Pour Vincent Fare, disposer de plusieurs étalons permet également de préserver les animaux. Un reproducteur peut couvrir plusieurs dizaines de vaches pendant une saison et perdre beaucoup de poids durant cette période. L’éleveur organise donc une alternance afin de leur accorder des périodes de repos.

Regalo est encore très jeune et pourrait ainsi accompagner l’histoire de la Ganadería La Paluna pendant de nombreuses années.

Une passion qui doit aussi trouver son modèle économique

L’entretien permet également de découvrir la réalité économique de ces élevages.

Vincent Fare évoque environ 35 élevages de taureaux de combat en France, principalement implantés dans le Sud-Est et le Sud-Ouest, représentant selon lui plus de 11 000 hectares.

Car élever ces animaux demande beaucoup d’espace.

Mais la vente des taureaux ne suffit pas nécessairement à assurer l’équilibre économique d’une ganadería.

À La Paluna, la diversification est donc devenue indispensable.

L’élevage accueille notamment des visites, des groupes scolaires et entre 1 500 et 2 000 enfants par an. Le domaine développe également une activité événementielle avec l’accueil de mariages, baptêmes, anniversaires, séminaires et événements d’entreprise.

Ces activités contribuent à financer l’élevage et à préserver un mode d’élevage particulièrement exigeant.

« Merci pour ce que tu m’as donné comme émotion »

Pour terminer l’émission, Gilles Bonnière-Soto pose une question beaucoup plus personnelle à son invité :

Si Regalo pouvait l’entendre, que lui dirait-il ?

La réponse résume probablement à elle seule l’entretien.

Vincent Fare lui dirait merci pour les émotions qu’il lui a données, qu’il l’aime, qu’il prendra soin de lui jusqu’à la fin de sa vie et qu’il espère qu’elle sera « longue et glorieuse ».

Une conclusion à l’image de cette émission de Lunel-Hebdo : au-delà du débat que peut susciter la corrida, Gilles Bonnière-Soto nous emmène cette semaine à la rencontre d’un éleveur, de son métier, de sa passion et de la relation singulière qu’il entretient avec ses animaux.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien avec Vincent Fare dans Lunel-Hebdo sur TV Lunel.

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