Il y a des invités qui racontent un métier, et d’autres qui racontent une vie. Dans Lunel Hebdo, Gilles Bonnière Soto recevait Dolores Gonzalez, couturière devenue costumière puis créatrice de modèles pour défilés. Un échange simple, chaleureux, et surtout très concret : on y comprend comment une vocation peut naître sans école, uniquement par la pratique, la demande… et une sacrée détermination.
Une vocation née très tôt, sans formation “classique”
Dolores Gonzalez le dit d’emblée : elle n’a pas suivi de formation académique au départ. Elle commence jeune, vers 14 ans, en se faisant ses propres vêtements. Pas par coquetterie, mais parce qu’elle n’a pas les moyens d’acheter ce qu’elle veut porter. À partir de là, la couture devient un terrain d’expérimentation : observer, reproduire, améliorer, recommencer.
Son apprentissage se structure ensuite grâce à deux expériences clés : le travail en usine, où elle apprend la confection et les exigences du rythme, puis une autre usine orientée prêt-à-porter de luxe, où elle découvre le montage et la rigueur du vêtement haut de gamme. Elle évoque aussi un stage offert par sa mère, décisif pour apprendre la coupe et prendre confiance dans la technique.
Diffusion 26 Fevrier 2026 à 19h
Ne jamais refuser : la demande comme moteur d’évolution
Ce qui revient souvent dans l’entretien, c’est cette idée : tout s’est construit par la demande. Un client qui demande une chemise, une retouche, une pièce particulière… puis un autre, puis dix. Dolores explique qu’elle n’a “jamais refusé un travail”. Quand quelque chose lui semblait trop complexe, elle cherchait une solution, parfois en faisant des essais sur une poupée pour comprendre la logique d’un vêtement avant de passer à taille réelle.
Avec le temps, cette méthode forge une compétence rare : l’intuition de la coupe, le sens du volume, et la capacité à “voir” comment un vêtement est fait, même avant de l’avoir démonté.
Du cabaret Colt Saloon à la création de costumes de scène
L’un des moments marquants du récit, c’est le passage naturel vers le métier de costumière. Dolores ne raconte pas une “décision de carrière”, mais une opportunité locale : dans les années 70, elle réalise les costumes du Colt Saloon, cabaret bien connu de nombreux Lunellois. Le lien se fait simplement parce qu’elle connaissait déjà des personnes du milieu, qui venaient la voir comme couturière.
Là, la couture devient spectacle : french cancan, idées visuelles, costumes qui doivent tenir la scène, bouger, séduire. Elle raconte le plaisir de créer pour le show, et la satisfaction de voir le résultat “en vrai” lors des premières.
Du cabaret au podium : concours, défilés et créations personnelles
Autre étape : les défilés de mode. Même logique : une demande, puis une autre. Dolores évoque un concours où elle doit produire une série complète de costumes, et obtient un deuxième prix, ce qui contribue à la rendre plus visible. Elle enchaîne ensuite d’autres événements, dont des salons et des défilés plus ambitieux.
Elle raconte aussi un moment très fort : son propre défilé à la salle Georges Brassens, organisé via une association créée pour l’occasion, Art Création. Elle y met en avant un thème de relooking et de récupération : transformer des vêtements anciens, détourner des matières, moderniser une robe, réinventer un jean… Une approche qui résonne encore aujourd’hui, à l’heure de l’upcycling.
L’atelier : travail de nuit, urgence, et créations hors normes
L’entretien est aussi passionnant parce qu’il donne accès à la réalité d’un atelier. Dolores explique qu’elle aime parfois travailler la nuit : pas de bruit, pas d’interruption, une concentration totale. Elle partage des anecdotes très “vraies” : un incident (départ de feu) la veille d’un événement, ou encore une création spectaculaire conçue pour une artiste sur échasses, impossible à essayer à l’intérieur faute de hauteur sous plafond.
Sur la méthode, elle résume avec une simplicité désarmante : dessin, tissu, coupe, fabrication. Elle précise aussi qu’elle fabrique ses patrons elle-même, souvent directement sur le tissu, ce qui exige un sens aigu des proportions. Et elle confie un détail révélateur : pour elle, le costume masculin est souvent le plus difficile, parce qu’il doit être précis au millimètre.
Une parole lucide sur l’évolution de la mode… et du métier
Dolores parle sans langue de bois de la mode actuelle : trop d’exubérance, trop de provocations “non portables”. Elle cite l’exemple d’une tenue célèbre faite de viande, qu’elle juge plus choquante qu’artistique. Elle, ce qu’elle aime, c’est mettre le corps en valeur, rester dans une originalité qui garde une forme d’élégance et, surtout, qui reste “portable”.
Elle évoque aussi une réalité économique : le sur-mesure se raréfie, les budgets sont plus serrés, et la couture est un métier qui demande énormément d’heures de travail… difficiles à facturer au temps réel. La retouche reste une part importante de l’activité.
Transmettre : l’appel d’une artisan passionnée
La fin de l’épisode ouvre une perspective presque touchante : Dolores aimerait former quelqu’un, transmettre son savoir-faire, et même envisager une reprise de l’atelier. Elle insiste sur l’envie de “lancer” une personne motivée, de partager les gestes, les réflexes, les méthodes. Elle travaille encore, “doucement”, et continue de coudre au quotidien, y compris pour ses proches et ses petits-enfants.
📍 Atelier : 1500 chemin de la Périé, Lunel (direction La Grande-Motte)
À voir / à revoir : l’émission Lunel Hebdo
Retrouvez l’épisode avec Dolores Gonzalez sur les plateformes de TV Lunel (YouTube / réseaux sociaux). Un portrait qui met en lumière un savoir-faire local, discret, mais précieux.





