Une vie guidée par la passion de la bouvine

Dans l’émission Lunel’Agora présentée par Gilles Bonnière Soto, Claude Chaballier, manadier installé en Petite Camargue, partage un témoignage profondément ancré dans la culture taurine locale.
Devenir manadier ne s’apprend pas à l’école : c’est avant tout une histoire de passion, souvent héritée d’un territoire et d’une enfance passée au contact des chevaux, des taureaux et des manades voisines.

Claude Chaballier raconte ses débuts très jeunes, ses premières expériences à cheval, puis sa longue formation auprès d’Henry Aubanel, figure majeure de la tradition camarguaise qu’il considère comme un véritable père spirituel.
C’est ensuite presque « une main devant, une main derrière » qu’il crée sa propre manade, il y a aujourd’hui trente ans.


Le métier de manadier : bien plus qu’un élevage

Être manadier, ce n’est pas seulement élever des taureaux.
C’est un métier total : agriculteur, mécanicien, soigneur, organisateur d’événements, gestionnaire de relations avec le public et les communes.

Le défi principal reste la recherche de pâturages, indispensable pour préserver un élevage naturel.
À cela s’ajoutent de nombreuses contraintes :

  • sanitaires, avec des campagnes de vaccination et de prophylaxie obligatoires
  • environnementales et réglementaires
  • économiques, car vivre uniquement des taureaux reste très difficile

La plupart des manadiers doivent donc diversifier leurs activités : événements, réceptions, ferrades ou animations taurines.


Sélection, course camarguaise et concurrence entre manades

Au cœur du métier se trouve la course camarguaise, véritable finalité de la sélection des taureaux.
Le travail consiste à révéler progressivement les qualités de l’animal, sans excès ni insuffisance, dans un dressage naturel acquis au fil des courses.

Dans un territoire où le nombre de manades a fortement augmenté en cinquante ans, la concurrence est réelle.
Mais Claude Chabalier insiste : l’esprit de confraternité demeure, même entre concurrents.


Traditions camarguaises menacées ?

L’entretien aborde aussi les inquiétudes actuelles :

  • hausse des contraintes sanitaires
  • difficultés d’assurance pour les manifestations taurines
  • évolution du public et des pratiques festives
  • pression économique croissante

Pour le manadier, l’enjeu est clair : revenir à des pratiques plus raisonnables pour préserver la culture camarguaise.
Sans cela, certaines traditions comme les abrivades pourraient disparaître.


Transmission et avenir de la bouvine

À 75 ans, Claude Chaballier continue par passion, entouré de ses enfants et petits-enfants.
Son souhait : transmettre cet héritage culturel aux générations futures.

Son message est double :

  • encourager les jeunes manadiers à s’engager avec sérieux et équilibre économique
  • appeler le public à respecter l’esprit traditionnel des pratiques taurines

Car au-delà des difficultés, la bouvine reste une histoire de cœur, de territoire et de mémoire vivante.