Chaque jeudi, Lunel-Hebdo donne la parole à celles et ceux qui font vivre la solidarité locale.
Dans cette nouvelle émission, Gilles Bonniere Soto recevait Guillaume Thomas, président de l’association Lunel Solidarité, une structure essentielle pour des centaines de familles lunelloises confrontées à la précarité.
Derrière la distribution de colis alimentaires, c’est tout un travail de terrain, d’organisation et surtout d’humanité qui se dévoile.
Une association née du besoin… et portée par l’expérience
Créée en 2005, Lunel Solidarité a pris un nouveau tournant en 2020, au moment de la crise sanitaire.
C’est à cette période que Guillaume Thomas, alors lui-même bénéficiaire de l’aide alimentaire, devient bénévole… avant de reprendre la présidence de l’association.
Un parcours qui donne tout son sens à son engagement :
« Je suis passé en deux mois de bénéficiaire à bénévole, puis président. On n’oublie jamais d’où l’on vient. »
Aujourd’hui, son rôle est clair : pérenniser l’association dans un contexte où les demandes explosent, alors même que le bénévolat se fragilise partout en France.
300 familles aidées chaque semaine à Lunel
Les chiffres donnent la mesure de l’enjeu social local :
- 300 familles aidées chaque semaine,
- soit près de 600 colis alimentaires distribués,
- pour des foyers comptant en moyenne trois personnes.
Une progression constante depuis 2020, qui reflète l’augmentation de la précarité sur le bassin lunellois.
L’association fonctionne en lien étroit avec le CCAS et les travailleurs sociaux, seuls habilités à orienter les bénéficiaires. Lunel Solidarité ne décide pas des droits : elle met en œuvre l’aide, dans un cadre rigoureux et encadré.
Une logistique digne d’une petite entreprise solidaire
Chaque jour, les bénévoles assurent :
- la récupération des invendus alimentaires auprès des Leclerc de Lunel,
- l’approvisionnement via la Banque Alimentaire de Mauguio,
- le démarchage auprès de producteurs, commerçants et maraîchers locaux,
- la gestion du stockage, du froid, des normes sanitaires et de la distribution.
Avec 9 congélateurs, 5 frigos et une chambre froide, l’association applique des règles d’hygiène strictes. Tous les bénévoles sont formés à la sécurité alimentaire.
La distribution, elle, est millimétrée :
inscription, ticket numéroté, appel par groupes, répartition équitable des produits frais et secs. Une organisation nécessaire pour éviter le gaspillage… et préserver la dignité de chacun.
Plus qu’une aide alimentaire : un lieu d’accueil et de dignité
Ce qui frappe dans le témoignage de Guillaume Thomas, c’est la place centrale accordée à la relation humaine.
Lunel Solidarité est aussi :
- un lieu d’écoute,
- un espace où l’on vient parfois une heure avant pour discuter,
- un endroit où l’on retrouve un peu de confiance quand la honte d’avoir besoin d’aide est trop lourde à porter.
« Chez nous, il n’y a aucun jugement. On est des humains avant tout. »
Les bénévoles, issus de tous horizons, cultivent cette atmosphère d’ouverture. L’association est devenue, presque naturellement, un carrefour multiculturel, où se croisent toutes les origines, toutes les histoires, toutes les fragilités.
Une équipe bénévole engagée… mais sous pression
Lunel Solidarité repose aujourd’hui sur 18 bénévoles, parfaitement paritaires et polyvalents.
Tous savent tenir plusieurs postes : accueil, ramasse, préparation des colis, logistique, nettoyage.
Mais l’engagement est lourd :
Guillaume Thomas consacre 50 à 70 heures par semaine à l’association.
Et comme il le dit lui-même, la fatigue est bien réelle.
« On aimerait ne plus avoir de bénéficiaires. Ce serait le signe que tout va bien. Mais c’est une utopie. »
Car arrêter, ce serait laisser sans solution des centaines de familles. Une responsabilité morale qui pèse chaque jour.
Des besoins clairs pour l’avenir
Si Lunel Solidarité tient bon, les défis restent immenses :
- Des locaux plus adaptés, plus spacieux et mieux équipés,
- davantage de financements,
- plus de partenariats,
- et à terme, pourquoi pas, une extension de l’aide vers les communes voisines dépourvues de structures solidaires.
Aujourd’hui, être Lunellois permet d’accéder à cette aide. Mais qu’en est-il des habitants des villages alentours ? La question est posée.
Un appel à la solidarité
En fin d’émission, Guillaume Thomas a lancé un message clair :
- aux donateurs,
- aux partenaires,
- aux bénévoles potentiels,
- mais aussi aux personnes en difficulté qui hésitent encore à franchir la porte.
« Venez. Vous serez accueillis sans jugement. Ici, on ne vous regarde pas comme un dossier, mais comme une personne. »
L’association dispose d’une page Facebook Lunel Solidarité et d’un espace de don via HelloAsso pour celles et ceux qui souhaitent soutenir concrètement son action.
Lunel Solidarité, un pilier discret de la cohésion locale
À travers cet entretien, Lunel-Hebdo rappelle une réalité souvent invisible :
la solidarité n’est pas seulement une affaire de chiffres, mais de présences quotidiennes, de sourires donnés, d’histoires partagées.
À Lunel, Lunel Solidarité est bien plus qu’un lieu de distribution alimentaire.
C’est un filet de sécurité humain, un espace de reconstruction, un maillon essentiel de la cohésion sociale.
Et tant que la précarité frappera aux portes, ses bénévoles continueront, dans l’ombre, à faire ce que beaucoup considèrent comme un simple geste… mais qui, pour d’autres, change tout.
