Une exposition photo singulière à découvrir à l’Office de Tourisme de Lunel

À Lunel, l’exposition de Jualita ne laisse pas indifférent. Invitée de l’émission Lunel-Hebdo animée par Gilles Bonnière Soto, la photographe a présenté un univers visuel à part, fait de détails, de lumière, de matière… et surtout de bulles, devenues au fil du temps une véritable signature artistique.

Derrière ce nom d’artiste se cache une photographe lunelloise sensible à ce que beaucoup ne voient pas. Depuis ses débuts très jeunes avec un premier appareil photo à l’âge de 9 ans, jusqu’à ses expérimentations actuelles autour des liquides, des formes et de l’abstraction, Roalita développe une démarche personnelle, poétique et profondément contemplative.

Son exposition actuellement visible à l’Office de Tourisme de Lunel invite justement à ralentir, à regarder autrement, et à redécouvrir la photographie comme une expérience sensible.

Jualita, un nom d’artiste né presque par hasard

Avant de parler d’images, il y a ce nom : Jualita. Un nom qui intrigue, qui ne correspond pas à son patronyme, mais qui est devenu avec le temps son identité artistique.

L’histoire est simple et presque spontanée. Lors d’un voyage au Pays basque avec des amies, l’une d’elles l’aurait appelée ainsi, un peu sur le ton de la complicité. Le surnom est resté. Il lui a plu. Il sonnait juste. Depuis, c’est sous ce nom qu’elle expose et partage son travail.

Ce choix dit déjà quelque chose de sa photographie : une part d’intuition, une part de liberté, et surtout une manière de laisser venir les choses sans les forcer.

Une passion pour la photographie née très tôt

La photographie accompagne Jualita depuis l’enfance. Très jeune déjà, elle photographie sa famille, ses amis, la vie autour d’elle. Puis, à 18 ans, elle rejoint la MJC de Lunel, où elle découvre le tirage argentique et toute la dimension artisanale de la photo.

Cette période est déterminante. Le “virus” de l’image s’installe durablement. Plus tard, alors qu’elle suit une formation d’enseignante, elle choisit l’option photo à l’école normale. La pratique devient alors plus structurée, plus réfléchie, sans jamais perdre son élan de départ.

Au fil des années, elle crée même un club photo à Lunel, organise des sorties, travaille en laboratoire et développe progressivement un regard personnel.

Photographier ce que l’on ne remarque pas

Ce qui caractérise sans doute le plus le travail de Jualita, c’est son goût pour les détails invisibles au premier regard. Là où d’autres chercheraient un paysage spectaculaire ou un monument emblématique, elle préfère observer une forme, une matière, un reflet, une répétition, une présence discrète dans le réel.

Elle raconte par exemple avoir photographié dans une scierie de gros morceaux de bois empilés avec régularité. En cadrant au plus près, l’image ne parle plus seulement de bois, mais de rythme, de structure, presque d’abstraction. C’est cette transformation du réel qui l’intéresse.

Sa première exposition solo, en 2011, présentait déjà ce type de travail. Des photographies couleur centrées sur ce que l’on ne voit pas d’habitude. L’exposition avait rencontré un bel accueil, au point d’attirer aussi des classes venues échanger autour de sa démarche.

Ce fil rouge ne l’a jamais quittée. Et d’une certaine manière, ses fameuses bulles prolongent cette même recherche.

Comment sont nées les photos de bulles ?

L’origine de cette série pourrait presque faire sourire. Un jour, en observant un verre, Jualita remarque les petites bulles qui se forment au bord du liquide. Un détail banal pour beaucoup. Mais pour elle, c’est un déclic.

Elle se demande alors ce que cela donnerait en photographie. Les premières tentatives sont modestes, parfois décevantes, mais l’idée est là. Peu à peu, elle affine son regard, travaille les cadrages, la lumière, les contenants, les matières. Ce qui n’était au départ qu’un essai devient un véritable terrain d’exploration visuelle.

Dans ses premières images, le vin servait de support, mais sa couleur lui plaisait peu. Elle a donc choisi d’en tirer certaines photos en noir et blanc, pour faire disparaître l’anecdote du verre et ne garder que la forme, le rythme, la texture.

Puis le travail s’est élargi à d’autres liquides : huile, eau, vinaigre, lait, parfois associés à des jeux de lumière ou à des ajouts de couleur.

Entre photographie, expérimentation et abstraction

Ce qui frappe dans cette série, c’est qu’elle se situe à la frontière entre plusieurs univers. On y voit parfois des bulles, parfois des cellules, parfois des sphères, parfois presque des paysages microscopiques. Le regard hésite. L’image ouvre un imaginaire.

Jualita revendique cette part d’interprétation. Chacun peut y voir ce qu’il veut. Et c’est précisément ce qui l’intéresse. Comme dans ses photos de détails, elle aime que le spectateur projette sa propre lecture.

Techniquement, son travail repose sur une forme d’expérimentation patiente. Avec de l’eau et de l’huile, par exemple, elle joue sur la séparation naturelle des matières, sur la transparence du verre, sur la traversée de la lumière. Avec le lait, elle va plus loin encore : elle prépare des couleurs, utilise des pipettes, crée un fond, met en mouvement les liquides, puis vient y faire naître des formes rondes et mouvantes.

Le résultat peut rappeler la peinture, l’organique, l’infiniment petit, voire l’image scientifique. Mais tout part ici de procédés simples, domestiques presque, transformés par le regard photographique.

Une photographie de l’instant, sans artifices

L’un des aspects intéressants de cette démarche, c’est qu’elle repose sur l’éphémère. Les formes évoluent en permanence. Rien n’est figé. Une bulle se déplace, une matière se diffuse, une lumière change, et l’image n’est déjà plus la même.

Jualita prend donc plusieurs clichés d’un même mélange, à différents moments. Elle attend parfois. Elle observe. Elle modifie légèrement un paramètre, remue un peu plus, ajoute un élément. L’image surgit souvent dans cet entre-deux, entre contrôle et surprise.

Elle précise d’ailleurs qu’il n’y a pas de retouche lourde dans son travail. Pas de transformation numérique poussée. Tout au plus quelques ajustements légers de luminosité ou de contraste sur certaines images. L’essentiel est obtenu à la prise de vue.

Même les couleurs parfois présentes dans certaines œuvres proviennent d’astuces simples : un support coloré placé sous le récipient, ou des mélanges de peinture dans le lait. Là encore, tout repose sur une logique artisanale et sensible.

Une autre facette de son travail : les oiseaux, les portraits, les vitrines

Si l’exposition actuelle est centrée sur les bulles, elle ne résume pas à elle seule l’univers de Jualita. La photographe a aussi exposé des oiseaux, un sujet qui la passionne particulièrement.

Elle aime marcher, souvent très tôt le matin, le long du canal ou en Camargue, et photographier les rencontres du hasard : un martin-pêcheur, un mouvement furtif, un instant de silence. Sans affût sophistiqué ni téléobjectif démesuré, elle travaille à sa manière, dans la discrétion et la patience.

Elle a aussi réalisé d’autres séries, notamment sur les vitrines de magasins, sur des inscriptions discrètes dans l’espace urbain, ou encore sur des portraits en noir et blanc de personnes de 80 ans, dans une exposition intitulée Mes stars 80. Une manière, là encore, de rendre visible ce que l’on regarde trop peu.

Même lorsqu’elle a photographié la corrida, ce n’était pas pour défendre un message particulier, mais pour en saisir l’esthétique, les gestes, la lumière, le mouvement.

Une belle réception du public à Lunel

L’exposition présentée à l’Office de Tourisme de Lunel semble avoir trouvé son public. Lors du vernissage, la fréquentation a été importante, avec environ 80 personnes selon les estimations évoquées pendant l’émission. Les retours ont été nombreux, curieux, enthousiastes, parfois même émerveillés.

Plusieurs visiteurs ont voulu comprendre sa méthode, d’autres ont simplement réagi à ce qu’ils ressentaient face aux images. Certaines œuvres ont même été réservées, preuve que cette proposition artistique très personnelle touche réellement.

Pour Jualita, l’objectif principal n’était pas de vendre, mais bien de partager. Partager une recherche, une surprise, une manière de voir. Faire découvrir aux Lunellois une exposition qu’elle avait déjà montrée ailleurs, notamment à Calvisson, mais que peu de personnes de Lunel avaient alors eu l’occasion de découvrir.

Entre argentique et numérique, une fidélité au geste photographique

Au fil de l’entretien, Jualita évoque aussi son rapport à la technique. Formée à l’argentique, elle a longtemps résisté au numérique. Non par rejet pur, mais parce que l’argentique engageait selon elle une autre manière de penser l’image : plus lente, plus habitée, plus exigeante.

Avec le numérique, elle reconnaît le confort immense de pouvoir recommencer, tester, conserver, comparer. Mais elle reste attachée à une pratique où l’on choisit, où l’on observe, où l’on fabrique son image avec attention.

Cette fidélité à une forme de photographie “artisanale” se retrouve pleinement dans son exposition actuelle. Même dans l’abstraction, même dans l’expérimentation, il y a toujours une main, une intention, une présence humaine derrière l’image.

Exposer, une démarche à part entière

L’entretien permet aussi de comprendre qu’exposer ne s’improvise pas. Jualita ne se contente pas d’arriver avec quelques images. Elle observe le lieu, prend des mesures, pense l’accrochage, choisit les formats, adapte sa sélection à l’espace disponible et à la lumière du lieu.

Certaines expositions sont nées d’une sollicitation. D’autres, comme celle de l’Office de Tourisme de Lunel, sont venues d’une démarche personnelle. Voyant régulièrement ce lieu accueillir des artistes, elle a estimé que ses bulles pouvaient y trouver leur place. Elle a proposé son travail, et l’idée a pris forme.

Cela dit aussi quelque chose d’important pour les artistes locaux : exposer passe souvent par l’initiative, la rencontre, la cohérence entre une œuvre et un lieu.

“Ouvrir les yeux” : le message que Jualita souhaite transmettre

Au moment de conclure l’émission, Jualita formule avec simplicité ce qui résume sans doute le mieux toute sa démarche. Ce qui lui tient à cœur, dit-elle, c’est d’ouvrir les yeux, de regarder autour de soi, d’essayer de voir ce que l’on ne voit pas spontanément.

Dans un quotidien saturé par la vitesse, les écrans et les automatismes, son travail photographique agit presque comme une invitation à la présence. Regarder une bulle, un reflet, un oiseau, une matière, ce n’est pas seulement regarder une image. C’est réapprendre à prêter attention.

Et c’est sans doute là que cette exposition touche juste : elle ne montre pas seulement des photos. Elle propose une autre façon d’habiter le regard.

Une exposition photo à voir à Lunel

Avec cette exposition présentée à l’Office de Tourisme, Jualita offre au public lunellois une série à la fois esthétique, surprenante et accessible, qui parle autant de photographie que de perception.

Son travail montre que l’on peut créer un univers fort sans aller chercher l’exotisme ou l’effet spectaculaire. Il suffit parfois d’un verre, d’un peu de lumière, d’un liquide, d’un œil attentif… et d’une vraie sensibilité artistique.

À Lunel, cette exposition mérite le détour, justement parce qu’elle invite à regarder autrement ce que l’on croyait connaître.