Invité de Lunel Hebdo par Gilles Bonniere Soto, Adrien, alias Edge, chanteur et figure centrale du groupe Headkeyz, est revenu sur son parcours musical, la création du groupe pendant le confinement, son univers entre rock et métal, ainsi que sur la philosophie de ses albums. Une rencontre qui permet aussi d’annoncer la venue du groupe en avril à Lunel, à la salle Georges Brassens.


Headkeyz, un projet né d’un besoin de collectif

Dans Lunel Hebdo, Gilles Bonniere Soto recevait Adrien, alias Edge, frontman du groupe Headkeyz, à l’occasion de la venue du groupe en avril à Lunel. L’entretien a permis de revenir sur les origines du projet, sa direction artistique, ses influences et son fonctionnement.

Adrien explique que la musique l’accompagne depuis l’enfance. Issu d’une famille de musiciens, il a toujours su qu’il voulait suivre cette voie. Le groupe Headkeyz a quant à lui pris forme en 2021, dans un contexte particulier, celui du confinement. Ce qui devait au départ être la continuité d’un projet solo s’est progressivement transformé en aventure collective.

Privé de concerts, de scène et de lien humain, le musicien ressent alors la nécessité de construire une dynamique de groupe. Headkeyz naît ainsi d’un besoin de partage, de création collective et d’énergie commune.

Un groupe construit au fil des rencontres

Pour former Headkeyz, Adrien s’est appuyé sur le bouche-à-oreille et les réseaux de musiciens. Il ne connaissait pas nécessairement ses futurs partenaires au départ, mais les rencontres se sont faites progressivement, au gré des recommandations et des échanges.

Aujourd’hui, il parle du groupe comme d’une véritable équipe, presque comme d’une famille. Même s’il reste l’initiateur du projet, le compositeur principal, l’auteur des textes et le principal concepteur visuel, il insiste sur la dimension collective du travail. Pour lui, Headkeyz ne se résume pas à une aventure individuelle : chacun apporte sa personnalité, son son, ses idées et son énergie.

Entre rock et métal, un univers difficile à enfermer dans une case

Adrien reconnaît lui-même qu’il est difficile de coller une étiquette simple à Headkeyz. S’il fallait résumer, il situerait le groupe à la frontière entre le rock et le métal, avec des influences multiples qui vont bien au-delà de ces seules catégories.

Dans ses compositions, on retrouve des traces de rock alternatif, de métal, mais aussi d’inspirations venues d’autres horizons, parfois plus inattendus. Il explique que la création fonctionne souvent de manière instinctive, presque organique. Une mélodie, un riff, une ambiance ou une idée surgissent, puis se développent naturellement.

Cette richesse donne au groupe un son nuancé, capable d’alterner puissance, tension, mélodie et douceur. C’est aussi ce qui permet à Headkeyz de parler à des publics variés, y compris à des auditeurs qui ne viennent pas forcément du métal.

Une musique pensée comme un récit

L’un des points les plus intéressants de l’entretien concerne la manière dont Adrien conçoit les morceaux. Il ne les imagine pas simplement comme des chansons isolées, mais comme des récits. Chaque titre s’inscrit dans une construction plus vaste, avec des contrastes, des respirations et une progression dramatique.

Cette logique se retrouve particulièrement dans le travail réalisé autour du double album du groupe. Le premier chapitre est sorti en 2022, tandis que le second est paru en janvier 2026. Adrien décrit ces deux disques comme des albums miroirs, qui dialoguent entre eux. Ils forment un ensemble cohérent, tout en présentant des différences marquées dans le son et dans l’approche.

Le premier album revendique un son plus organique, avec une couleur qui renvoie davantage aux années 1990. Le second adopte une production plus moderne, plus tranchée, tout en conservant la signature du groupe.

Un propos sombre, entre effondrement et quête de pouvoir

Au-delà de la musique, Adrien développe aussi un véritable univers thématique. Les deux albums s’articulent autour d’une réflexion sur l’humanité, l’effondrement, la fin d’un cycle et la course au pouvoir, à la richesse ou à une forme de réussite inaccessible.

Le titre du projet, The Cage and the Crown, résume cette tension. La couronne symbolise le pouvoir, le succès, la possession. La cage, elle, représente l’enfermement, le système dans lequel l’être humain se piège lui-même en poursuivant des objectifs qui ne l’apaisent jamais réellement.

Sans faire de discours politique au sens partisan, Adrien évoque à travers ses textes une inquiétude face à l’état du monde, qu’il s’agisse des alertes écologiques, sociales ou civilisationnelles. L’idée n’est pas de livrer un message fermé, mais plutôt de proposer une matière à réflexion, laissant chacun libre de son interprétation.

Une identité visuelle forte, pensée comme un prolongement de la musique

L’entretien montre aussi à quel point l’image occupe une place importante dans Headkeyz. Adrien s’occupe lui-même de l’artwork, des pochettes et de l’écriture des clips. Il défend une identité visuelle forte, reconnaissable, cohérente avec l’univers du groupe.

Les clips, les graphismes et les codes visuels participent pleinement à l’expérience artistique. Pour lui, la musique et l’image sont étroitement liées. Elles peuvent même se répondre, se contredire ou se compléter pour produire un sens nouveau.

Cette approche globale renforce le caractère conceptuel du projet Headkeyz. Rien n’est pensé isolément : les morceaux, les albums, les visuels et les vidéos participent tous à une même construction artistique.

Une évolution constante, notamment sur scène

Adrien explique aussi que les morceaux continuent d’évoluer une fois arrivés sur scène. Le live permet de retravailler certaines structures, d’ajouter des silences, de modifier des dynamiques et d’amplifier certaines sensations pour renforcer l’impact sur le public.

Le concert devient alors un lieu vivant, où les titres prennent parfois une autre dimension que sur disque. La spontanéité de la scène, la réaction du public et l’expérience accumulée au fil des dates contribuent à faire évoluer la proposition artistique.

Une ascension construite pas à pas

Headkeyz a progressivement franchi plusieurs étapes importantes. Le groupe tourne aujourd’hui sur différentes scènes en France, avec notamment l’appui du tourneur Rage Tour, rejoint en janvier 2025 après un long travail de fond, de mise en confiance et de professionnalisation.

Adrien rappelle d’ailleurs qu’avant d’être accompagné, il a fallu tout construire par eux-mêmes : la musique, le management, la promotion, l’organisation, la structuration du projet. Le groupe fonctionne avec une grande autonomie, dans un esprit indépendant qu’il revendique pleinement.

Il insiste aussi sur le fait qu’il vaut souvent mieux se développer sérieusement par soi-même avant de chercher à rejoindre une grosse structure. Pour lui, la liberté artistique et la maîtrise du projet restent essentielles.

Deux rendez-vous en avril, dont une date à Lunel

En fin d’émission, Adrien a donné rendez-vous au public pour deux prochaines dates. Le groupe sera d’abord le 3 avril à Istres en première partie d’Ultra Vomit, puis le 11 avril à la salle Georges Brassens de Lunel, pour une soirée organisée par We Rock, en compagnie de Lucie Sue.

Une occasion pour le public local de découvrir sur scène un groupe qui mêle ambition artistique, univers affirmé et vraie générosité de partage.